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11 November 2010 - perso

Émeutes étudiantes à Londres, toute l’après-midi, mercredi 10 novembre 2010. Au départ, une démonstration organisée par le syndicat des étudiants, regroupant environ 50000 étudiants de tout le Royaume-Uni, pour protester contre l’augmentation du coût des études (oui, ici on paye pour étudier), passé de £1150 par année en 2004, à £3000 en 2007, et enfin £9000 par année si le gouvernement obtient gain de cause, et ce malgré les promesses électorales du parti Liberal-Democrats de faciliter l’accès à l’université. Un premier cycle d’étude (3 ans) reviendra donc à £27000, à rembourser par prélèvement sur salaire dès que l’étudiant commence de travailler et s’il gagne plus de £21000 (par an).

J’ai regardé sur Sky News, de 15h à 19h, diffusion non stop en direct sans aucune interruption pour la pub. Murdoch a pas du aimé. Des échos de A Clockwork Orange, le film de Kucbrick d’après un roman de Burgess, et aussi de If…, le film de Lindsay Anderson sorti en 1969, donc tourné en 1968.

Quand j’allume mon poste, plusieurs centaines d’étudiants ont envahi une tour de bureaux située sur le parcours du cortège, Millbank Tower, 7 étages, au bord de la Tamise, juste à côté de la Tate Gallery, à 5 minutes du parlement. Pas folle la guêpe, c’est dans cette tour que se trouvent les bureaux du parti Tory. Une partie des étudiants est dans l’entrée de l’immeuble, en train de tout casser, une autre sur le toit. On voit les étudiants danser, mais aucun son de musique. La police est dans la cours d’entrée, formant un cordon entre l’extérieur et l’intérieur. Elle est immobile. Aucune tentative pour faire sortir les étudiants qui sont à l’intérieur. Bizarre.

Plan depuis l’hélicoptère de service sur le toit de la tour. La plupart des étudiants sont penchés sur le bord, regardant ce qui se passe en bas. L’un d’entre eux lance ce qui apparaît être un gros bloc de fer (un extincteur d’incendie en fait), qui tombe à la vitesse maximale décrite par les équations de Galiléo pour une telle masse sur le cordon de flics. Personne n’est touché. On aura droit, au cours de l’après-midi, à une dizaines de replay de cette séquence, avec cercle lumineux centré sur le jeteur. On ne voit pas la masse toucher le sol, le bas de l’écran étant caché par la bande de textes annonces déroulante.

Retour au sol. Les caméra de Sky News tombe par hasard sur un groupe de 5/6 étudiants en train de débattre chaud. À gauche ceux qui déplore le débordement de violence, à droite ceux qui, sans l’approuver, le trouve justifié. Ça dure bien 20 minutes, jusqu’à l’engueulade. Une dynamique s’est instaurée, probable que dans les jours suivants, chacun aura à choisir son camp.

Annonce, les occupants de la tour ont publié un communiqué : Nous sommes opposés à toutes formes de coupes budgétaires et nous affirmons notre solidarité avec les travailleurs de la fonction publique, les pauvres, les handicapés, les personnes âgées et les travailleurs. Ceci n’est que le début de la résistance à la destruction de notre système éducatif et es services publiques.

Petite explication : les coupes budgétaires établies par le gouvernement Tory allié au parti Liberal-Democrats prévoie 500000 supressions d’emploi dans la fonction publique (oui, vous avez bien lu cinq cent mille), ce qui risquerait de faire passer le nombres de chômeurs à 3 millions.

Murdoch sort un gros boulet, les journalistes sur le terrain et ceux en train de commenter les images se mettent à parler d’une minorité d’agités du bocal, d’anarchistes, qui n’ont rien à voir avec le reste de la gente étudiante, elle toute gentille, bonc hic bon genre. Grosse contradiction, parce qu’aucun anarchiste ne s’est jamais soucié de sortir un communiqué de presse alors qu’il est en train d’anarchiser, et encore moins un communiqué mettant la solidarité sociale en avant.

Interview du président du syndicat étudiant, Aaron Porter, il déplore, il trouve tout cela honteux, dégueu. A aucun moment il ne distance son syndicat de l’action directe d’occupation de la tour. Il joue bien ses cartes de futur ministrable de gauche, en concert avec l’un de ses assistants, qui lui se montre un brin plus affirmatif quant à la possible efficacité de ce qui est en train de se passer. Il s’est fait débordé, mais il a récupéré la mise.

Retour sur le terrain, les journalistes de Sky News se baladent parmi les manifestants, demandant s’ils sont d’accord ou pas avec la violence. Manque de pot, ils tombent sur un groupe qui leur répond que la question n’est pas là. La journaliste insiste que si, elle se fait huer, Murdoch réagi vite fait bien fait, la séquence est coupée, on revient en studio, petit ennui technique nous dit la commentatrice.

La police n’a toujours pas bougé. Ils sont 225, en face d’un cortège de 50000 personnes. Les journalistes s’inquiètent, se demandent. Comment se fait-il que, qui a autorisé le cortège à emprunter ce parcours, si proche du parlement. L’attachée de presse de Scotland Yard sort enfin de son bureau : nous avons établi le parcours en commun avec les représentants étudiants, on avait aucune raison de penser que, on a pas vu venir. En attendant, les millions de Livres Sterling de dégâts continuent de s’accumuler. Les assureurs vont faire la gueule, c’est certain. Murdoch a peut être des actions dans la construction immobilière et la fourniture de meubles de bureau.

La Riot Police arrive, c’est un comme les CRS, en moins sauvage. Ils commencent à se mettre au boulot, à faire sortir des manifestants de la tour. Puis c’est le tour du patron de la police, Sir Paul Stephenson. Il est 17h30, à cause du passage à l’heure d’hiver, il fait déjà nuit. Longue interview, il confirme ce qu’a dit l’attachée de presse, en plus emberlificoté. Il présente ses excuses au public, il y aura enquête, la prochaine fois on fera mieux. On peut voir la corde du pendu se préciser autour de son coup. Et le centre d’écoute et d’interception des communications électroniques (le fameux GCHQ), c’est fait pour quoi, pour écouter les ébats du fils playboy de la reine avec des mannequins russes? Et le système des caméras de surveillance que le reste du monde envie à Londres, elles sont tombées en panne parce qu’elles ont été montées par les travailleurs de Foxconn et que les logiciels de contrôle ont été sous-traitée à des  indiens de Calcutta ?

Toujours aucun communiqué du bureau du Prime Minister (en tournée en Chine), du ministère de l’intérieur, ou du chef de l’opposition, ou des dirigeants des trois principaux partis. Gros silence, le pouvoir est muet. Seul le maire de Londres, Boris Johnson, que plus personne ne prend au sérieux depuis belle lurette, se fend d’une condamnation sans équivoques.

Au final, tout se calme, pour l’instant. Vers minuit, revue de presse des journaux du lendemain. Ils utilisent tous la même photo, distribuée par l’agence Getty Images. Getty doit être un pote à Murdoch.

N’en déplaise à Baudrillard, la manif du 10 novembre a bien eu lieu, et pas que sur les écrans Internet, télé, Xbox, iphone et ipad.

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