keith jarrett-londres-décembre 2008

19 December 2008 - muzikologi

rfhRoyal Festival Hall, sur la Tamise. Salle comble, bon mélange de public tous âges, alors que le public de Lucerne (2006) et Paris (2006) avait plutôt la quarantaine et même plus. La dernière qu’il est venu jouer à Londres c’était il y a 17 ans, au même endroit. J’y étais. Après quelque impatience de la part du public, il entre finalement en scène. Rituel salut bouddhiste, éclairage solitaire du piano, la salle gronde d’applaudissements, quelqu’un hurle « keith je t’aime ». Il commence de jouer. Trois standards d’affilés. Tiens donc ! Bon, il s’échauffe, d’accord, mais quand même, j’ai pas payé une place de premier balcon à £40 pour écouter des standards, même s’ils sont superbement interprétés. Il se réveille, 3 vraies impros d’affilé, du nerveux, des éclats durs, du piano qui gronde, de toutes ses notes. Une qui commence et reste dans les aigus, diatonique dans l’ensemble, une à la Berg, et une à la Blues, non sans s’être interrompu pour cause de toussotements et nous avoir fait la leçon : « si vous toussez c’est que vous vous ennuyez ». Ben yes mon gars, on attend que tu nous réveille. Une deuxième interruption, intéressante, à méditer, à propos des gens qui prennent des photos pendant qu’il joue : « what is it with this world which needs an image ? ». Je vous laisse traduire. Et puis une troisième: «Merci pour votre soutien au cours des ans, en dépit de tout ». Tiens tiens, préparerait-il sa retraite? keith_jarrettLe fada du troisième balcon pousse un autre «I love you Keith». Keith lui répond «c’est sympa d’être aimé». A l’entracte, nous sommes quelque uns à faire un break cigarettes, dehors, sous la pluie. Ça râle sec, becoz les interruptions: «quel prétentieux, pour qui il se prend, et patati et patata». La deuxième partie reprend le ronron des standards. Puis ce sera quatre encores, encore des standards. Un artiste change au cours du temps, c’est certain, sinon il ne serait pas un artiste, mais un styliste. Fini donc le temps des arches géantes parcourant la légende des siècles musicaux (Munich, Brême, Koln, La Scala, etc.). Reste les petites miniatures, entendues pour la première fois lors du concert de Tokyo, aux couleurs chatoyantes et tellement intimes, on dirait du Bidermeier, Schubert presque, on pourrait s’y croire. Charming, comme disent les British. Et moi donc, comme que je jouerai quand j’aurai son âge ? Je vais aller demander à Cecil Taylor!

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